La chambre des casinos d’Uruguay pousse pour une réglementation du jeu en ligne
La chambre uruguayenne du secteur des casinos propose un nouveau cadre juridique pour le jeu en ligne, estimant qu’un marché numérique déjà bien réel doit être placé sous contrôle de l’État tout en renforçant la lutte contre les opérateurs illégaux.
La Cámara Uruguaya de Operadores y Arrendadores de Servicios de Casinos y Salas de Esparcimiento (CUOASEC) appelle à une réglementation complète du jeu en ligne et a transmis son propre projet de loi au pouvoir exécutif. La proposition a également été présentée à des représentants de plusieurs secteurs politiques, mais elle n’a pas encore été officiellement déposée devant le Parlement uruguayen.
Le secrétaire exécutif de CUOASEC, Luis Gama, explique que l’initiative repose sur un constat simple : le jeu en ligne existe déjà en Uruguay, alors que la législation n’a pas évolué au même rythme que les technologies. La chambre souhaite donc faire entrer cette activité dans un système reposant sur des autorisations, une supervision publique et une meilleure traçabilité.
Selon le projet, toute exploitation de jeux en ligne nécessiterait une autorisation préalable de l’État et serait réservée aux opérateurs agréés. Le modèle proposé par CUOASEC lierait les licences de casino en ligne aux entreprises déjà autorisées à exploiter des casinos ou salles de jeu physiques en Uruguay, créant ainsi un marché volontairement limité plutôt qu’un régime ouvert à de nombreux nouveaux entrants.
Plusieurs outils sont prévus pour différencier l’offre légale des plateformes clandestines. La chambre propose notamment le blocage des sites non autorisés, la création d’un domaine exclusif «.bet.uy» pour les opérateurs agréés et la mise en place d’un registre national des utilisateurs. Luis Gama évoque également le blocage des adresses IP, serveurs, services d’hébergement et moyens de paiement liés aux activités illégales.
La protection des joueurs occupe également une place importante dans le texte. Celui-ci prévoit des exigences relatives à l’identification des utilisateurs, à la traçabilité des paiements, à l’auto-exclusion, au jeu responsable, à la protection des mineurs, aux données personnelles et à la cybersécurité. Des obligations de lutte contre le blanchiment d’argent et un régime de sanctions contre les opérateurs ou promoteurs non autorisés sont également envisagés.
Le cadre juridique actuel de l’Uruguay reste beaucoup plus restrictif. L’article 244 de la loi 19.535 place les jeux d’argent en ligne sous le principe général d’illégalité, à l’exception des activités expressément autorisées par l’État. Les jeux typiques de casino comme le poker, la roulette ou les machines à sous sont explicitement interdits lorsqu’ils sont proposés à distance. Le gouvernement dispose également de pouvoirs permettant de bloquer des sites et les flux financiers associés aux offres non autorisées.
Ces pouvoirs continuent d’être utilisés. En avril 2026, le régulateur des communications URSEC a notamment adopté une nouvelle résolution concernant le blocage de sites de paris clandestins, montrant que la lutte contre les plateformes numériques non autorisées reste active parallèlement au débat sur une éventuelle réforme.
CUOASEC estime cependant qu’une offre légale très limitée, alors que les consommateurs peuvent accéder à des plateformes étrangères, risque de favoriser le marché illégal. L’organisation défend donc un cadre dans lequel l’offre autorisée serait suffisamment compétitive pour attirer les utilisateurs tout en maintenant des contrôles stricts, des obligations de jeu responsable et une forte présence de l’État.
La proposition ne modifie pour l’instant aucune loi uruguayenne. Des questions importantes, notamment les conditions de licence, la fiscalité et l’affectation des recettes, resteraient à définir. Elle marque néanmoins une nouvelle tentative de l’industrie pour faire évoluer l’Uruguay d’une politique principalement fondée sur l’interdiction des casinos en ligne vers un marché réglementé, limité et contrôlé.
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