La RDC prépare une plateforme unifiée de supervision du gambling sous surveillance du GAFI
La République démocratique du Congo veut centraliser la supervision des jeux d’argent à travers une nouvelle plateforme de monitoring, alors que les autorités cherchent à améliorer la collecte des recettes, lutter contre les opérateurs illégaux et aligner le secteur sur les exigences internationales AML/CFT.
Le ministère des Finances de la République démocratique du Congo affirme mettre en place une plateforme centralisée pour réguler et surveiller les activités de gambling dans le pays. Didier Bobwa, chargé du système d’information et du monitoring des opérations de jeux, a déclaré lors d’une réunion à Kinshasa que le gouvernement intègre une plateforme de monitoring permettant de contrôler les opérations et les activités des opérateurs de jeux.
L’initiative s’inscrit dans un effort plus large de modernisation d’un secteur en forte croissance mais encore faiblement supervisé. Les responsables indiquent que des outils techniques sont déployés au sein de la cellule de surveillance des jeux afin de mieux contrôler le marché à l’échelle nationale, notamment face aux risques d’endettement des joueurs, d’addiction, de blanchiment d’argent et de participation des mineurs.
La réforme est aussi directement liée aux risques de criminalité financière. Lors d’une réunion sectorielle organisée le 29 mai, le coordonnateur Dieudonné Ntumba a expliqué que le rôle de l’État n’est pas d’empêcher l’activité économique, mais de l’encadrer, de protéger les personnes vulnérables et de lutter contre l’offre illégale. Il a aussi insisté sur la nécessité d’un contrôle accru des flux financiers pour combattre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Le contexte du GAFI est central. La RDC est placée sous surveillance renforcée du Financial Action Task Force depuis octobre 2022, ce qui signifie qu’elle doit travailler avec ses partenaires internationaux pour corriger les faiblesses stratégiques de son dispositif AML/CFT. L’Union européenne a également ajouté le pays à sa liste des pays tiers à haut risque en mars 2023.
Selon les autorités congolaises, la nouvelle plateforme devrait permettre de surveiller en temps réel les transactions et les flux financiers des opérateurs, afin de soutenir à la fois la mobilisation des recettes publiques et le contrôle de conformité. Les opérateurs sont invités à intégrer leurs systèmes à cette infrastructure, tandis que des sessions techniques doivent suivre pour finaliser le processus.
Le gouvernement poursuit également une réforme législative. Un projet de loi sur les jeux d’argent et de hasard est actuellement examiné au Parlement après avoir été déclaré recevable par l’Assemblée nationale le 4 décembre 2025. Le texte, déposé par le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, vise à remplacer des lois héritées de l’époque coloniale par un cadre juridique moderne.
L’ampleur du défi reste importante. L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi avait indiqué que le secteur des jeux d’argent en RDC génère plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, alors qu’environ un million de dollars seulement étaient versés à l’État. Il avait aussi signalé l’existence de 139 opérateurs illégaux ou irréguliers en 2022, sans statistiques fiables sur leurs revenus.
Pour la RDC, cette plateforme unifiée pourrait devenir un test majeur de la capacité du pays à transformer la réforme du gambling en supervision réellement applicable. Si elle est déployée efficacement, elle pourrait améliorer la collecte fiscale, réduire l’activité illégale et montrer des progrès sur les engagements AML/CFT. En revanche, si l’intégration reste lente ou fragmentée, le secteur continuera d’exposer le pays aux pertes de recettes, aux risques pour les consommateurs et à la criminalité financière.
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