Le débat brésilien sur le gambling reprend de l’élan au Forum de Lisbonne
Le 14e Forum de Lisbonne a remis l’agenda brésilien du gambling au centre des discussions, autour de deux sujets sensibles: la possible légalisation des casinos physiques et les premiers résultats du marché régulé des paris en ligne.
La régulation du gambling au Brésil est revenue au centre du débat cette semaine lors du 14e Forum de Lisbonne, au Portugal. Des juristes, représentants du secteur des paris, responsables sportifs et personnalités publiques y ont discuté à la fois de l’avenir de la légalisation des casinos et de l’état actuel du marché régulé des paris en ligne.
L’un des sujets les plus débattus reste le projet de loi No. 2.234/2022, actuellement en attente au Sénat. Le texte permettrait l’exploitation des casinos, bingos, jeux en ligne et jogo do bicho dans un cadre régulé. La proposition créerait aussi des mécanismes de supervision et de contrôle, améliorerait la transparence et prévoirait des mesures pour prévenir des crimes comme le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Le débat sur les casinos a gagné en visibilité après la prise de position de João Otávio de Noronha, ministre du Superior Tribunal de Justiça, en faveur de la légalisation. Pendant le Forum de Lisbonne, il a estimé que le Brésil laisse aujourd’hui des emplois et des recettes fiscales se créer à l’étranger lorsque des Brésiliens vont jouer à Monaco, Las Vegas ou dans d’autres destinations. Il a aussi questionné l’incohérence entre l’autorisation des paris en ligne et des loteries, et l’interdiction persistante des jeux physiques de type casino.
La position de Noronha renforce l’argument des défenseurs du PL 2234/22: le gambling existe déjà au Brésil, mais une partie du marché reste hors du contrôle formel. Pour les partisans de la légalisation, les casinos dans les resorts et d’autres établissements contrôlés pourraient soutenir le tourisme, attirer des investissements, créer des emplois et donner à l’État un cadre plus clair de supervision et de fiscalité. Les opposants continuent toutefois d’alerter sur les risques d’addiction, de blanchiment et d’expansion trop rapide du gambling alors que le pays gère encore les effets des paris en ligne.
Ce deuxième sujet a également occupé une place importante au forum. Le mardi 2 juin, le panel “Jogos Eletrônicos e Apostas Online: Balanço dos Resultados Regulatórios” a réuni des représentants de l’industrie, des avocats et des autorités sportives pour évaluer les premiers résultats de la régulation des paris en ligne au Brésil. Les discussions ont porté sur la protection des consommateurs, les outils de jeu responsable, le sponsoring sportif, les restrictions financières et les différences entre opérateurs licenciés et plateformes illégales.
Les participants ont souligné que la régulation n’a pas créé le marché des paris, mais a rendu visible une activité qui existait déjà offshore. L’avocate Fernanda Meirelles a rappelé que des millions de Brésiliens pariaient déjà sur des plateformes étrangères sans supervision, sans contrôle et sans protection du joueur avant la mise en place du cadre régulé. Dans cette logique, la régulation a transformé le parieur en consommateur doté de droits, de protections et d’accès à des mécanismes formels de contrôle.
Le panel a aussi mis en avant les protections appliquées par les opérateurs licenciés. Celles-ci incluent le monitoring du comportement dès le premier accès, la détection de profils à risque, des pauses obligatoires, des moments de réflexion et des mécanismes d’auto-exclusion. Une plateforme gouvernementale centralisée permet aux utilisateurs d’enregistrer leur CPF, après quoi les opérateurs légaux doivent bloquer les nouvelles inscriptions ou retirer les comptes existants liés à ce document.
La protection financière a été un autre point majeur. Les intervenants ont rappelé que les opérateurs régulés sont soumis à des restrictions absentes du marché illégal, notamment l’interdiction d’utiliser des cartes de crédit pour parier, ainsi que des blocages pour les bénéficiaires de Bolsa Família, du BPC et, plus récemment, des restrictions liées au programme Desenrola. L’inquiétude exprimée au forum est qu’une pression excessive sur le marché régulé pousse les joueurs vulnérables vers les opérateurs illégaux, où ces contrôles ne peuvent pas être appliqués.
Le sponsoring sportif a également été abordé. Michelle Ramalho, vice-présidente de la Confédération brésilienne de football, a discuté du rôle des sponsorings de betting dans le football et d’autres disciplines, tandis que Guilherme Figueiredo de Betano Brasil a présenté les aspects liés à la collecte fiscale et à la contribution financière des opérateurs licenciés. Le panel a aussi présenté des données sur le profil des parieurs, avec une dépense moyenne mensuelle de R$122 et une base d’utilisateurs principalement masculine, âgée de 25 à 40 ans.
Ces discussions montrent que le débat brésilien ne se limite plus à légaliser ou interdire les jeux de hasard. La question centrale est désormais de savoir comment réguler les différents segments sans renforcer le marché illégal. Pour les casinos physiques, le débat porte sur le tourisme, l’investissement et le contrôle de l’État. Pour les paris en ligne, il porte sur la protection des consommateurs, les garde-fous financiers, la publicité, l’intégrité sportive et l’application des règles contre les plateformes non licenciées.
Pour le Brésil, la prochaine étape dépendra du calendrier politique. Le PL 2234/22 reste prêt pour une délibération en séance plénière au Sénat, tandis que le marché des paris en ligne fonctionne déjà sous un modèle régulé, mais fait face à une pression croissante pour des restrictions plus strictes. L’issue déterminera si le pays avance vers un cadre plus large du gambling ou continue à traiter séparément les casinos, les loteries et les paris en ligne.
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